La vague d'OVNIs belge de 1989-90 : quand les F-16 pourchassaient
Il y eut des milliers de témoins, dont des gendarmes. L'armée de l'air fit réellement décoller des F-16 pour poursuivre l'objet au radar. Pourtant, la seule photo devenue le symbole de l'affaire fut, deux décennies plus tard, reconnue comme un faux.
La série d'observations d'OVNIs au-dessus de la Belgique, de l'hiver 1989 à l'année suivante, est connue sous le nom de « vague belge ». Ce qui la distingue parmi d'innombrables affaires, c'est l'ampleur inhabituelle des témoins et, surtout, le fait que l'armée de l'air d'un pays ait fait décoller des chasseurs en réponse et ait traité ses données ouvertement.
L'hiver 1989 au-dessus de la Belgique
La vague débuta le soir du 29 novembre 1989, lorsque des dizaines de personnes près d'Eupen, dans l'est de la Belgique, signalèrent un grand objet triangulaire immobile dans le ciel. Parmi elles se trouvaient des gendarmes en patrouille. Ils décrivirent un engin portant trois fortes lumières et une lueur rouge au centre, dérivant bas et lentement, presque sans bruit.
Ce ne fut pas un cas isolé. Au cours des mois suivants, des signalements semblables affluèrent de toute la Belgique, et le total atteignit plusieurs milliers. Fait frappant, la plupart des récits partageaient les mêmes traits : une forme triangulaire ou trapézoïdale, des lumières aux angles, et une remarquable capacité à faire du surplace et à se déplacer très lentement.
Un triangle et trois lumières
L'objet décrit par les témoins était globalement cohérent : une silhouette triangulaire sombre sur le ciel nocturne, des lampes vives à chaque angle, et un point rouge clignotant au milieu. Certains témoins affirmèrent que l'objet restait parfaitement immobile, puis changeait brusquement de direction et glissait au loin. Beaucoup notèrent l'absence du grondement qu'un jet produirait forcément.
Bien sûr, ces traits ressemblaient aussi aux avions furtifs et aux grands drones qui commençaient alors à être connus, si bien que l'interprétation d'un « appareil expérimental militaire » fut avancée dès le départ.
Les F-16 décollent
L'affaire culmina dans la nuit du 30 au 31 mars 1990. Lorsque plusieurs radars au sol captèrent un objet inconnu, l'armée de l'air belge fit décoller deux chasseurs F-16. Guidés par le contrôle au sol et leur radar de bord, les pilotes tentèrent de s'approcher.
Selon les archives, les radars des F-16 accrochèrent la cible à plusieurs reprises, mais chaque fois l'objet montra de brusques changements de vitesse et d'altitude et ne permit jamais aux pilotes une confirmation visuelle. Les données radar auraient montré des manœuvres extrêmes difficiles à attribuer à un avion classique. Cela dit, on objecta aussitôt que les échos radar eux-mêmes pouvaient être une réfraction atmosphérique ou des interférences du système.
Une armée exceptionnellement ouverte
Une autre raison de la longévité de l'affaire est l'attitude de l'armée de l'air belge. Contrairement au silence que gardent beaucoup d'armées sur les questions d'OVNIs, elle partagea ses données radar et les circonstances de l'interception des F-16 de façon relativement transparente avec la presse et les chercheurs. Le colonel Wilfried De Brouwer, devenu plus tard général, participa directement à l'enquête et aux points presse et exprima l'avis prudent que « certains éléments restaient inexpliqués ». Cette affaire, où une armée reconnut officiellement un statut non identifié, est souvent citée dans les débats ultérieurs sur les PAN.
Le retournement de la photo célèbre
Ce qui grava la vague belge dans le monde fut une seule photo prise en 1990. Montrant nettement un objet triangulaire à quatre lumières, elle servit pendant des décennies de symbole de l'affaire. Mais en 2011, la personne qui affirmait l'avoir prise passa à la télévision et avoua qu'elle était truquée — une maquette faite de polystyrène et de lampes.
L'aveu fit sensation. Mais le point crucial est qu'une photo truquée ne transforme pas des milliers d'observations et la réponse radar de l'armée de l'air en fabrications. La photo était le symbole de l'affaire, non sa preuve, et l'effondrement de ce symbole ne règle pas automatiquement le caractère de l'ensemble.
Ce qui reste
Aucune preuve physique d'un vaisseau extraterrestre n'a été confirmée. Les analystes sceptiques concluent que la plupart des observations étaient des avions, des hélicoptères, des étoiles brillantes ou des phénomènes météo mal identifiés, que les échos radar étaient des erreurs système, et que la photo emblématique était un trucage. C'est une explication assez convaincante. Les partisans, eux, estiment que les témoignages cohérents d'observateurs entraînés, gendarmes compris, et la réaction inhabituelle de l'armée de l'air sont difficiles à expliquer par cela seul.
L'essentiel est de distinguer deux choses. Que beaucoup de gens aient vu quelque chose et que l'armée de l'air ait réellement fait décoller des chasseurs en réponse est un fait. Que ce fût un vaisseau extraterrestre est une affirmation non prouvée. La vague d'OVNIs belge demeure, entre les deux, un cas marquant d'une institution d'État traitant officiellement les OVNIs.
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